Un deepfake de vous circule : le faire retirer, porter plainte
Une image truquée par intelligence artificielle reste une atteinte grave, même si « ce n’est pas vraiment vous ». De plus en plus de lois et toutes les grandes plateformes la traitent comme un contenu intime non consenti.
Les premières choses à faire
- Notez les liens et la date. Ne partagez pas l’image, même pour prévenir des proches : envoyez plutôt le lien.
- Signalez-la sur chaque plateforme comme contenu intime non consenti ou comme image manipulée par IA.
- Demandez à Google et à Bing de retirer les résultats : Google propose une démarche dédiée aux fausses images explicites.
- Si vous êtes majeur·e, l’outil StopNCII.org fonctionne aussi pour les images truquées.
Selon la plateforme
- Facebook Signaler un deepfake sexuel ou une fausse image intime
- Instagram Signaler un deepfake sexuel ou une fausse image intime
- TikTok Signaler un deepfake sexuel
- X (Twitter) Signaler un deepfake ou une image intime générée par IA
- YouTube Signaler une vidéo qui imite ou falsifie votre visage ou votre voix (IA)
- Snapchat Signaler un deepfake ou un faux nu
- Telegram Signaler un deepfake sexuel ou un bot de « déshabillage »
- Reddit Signaler un deepfake ou une image « sosie » à caractère sexuel
- Google (Recherche) Retirer de Google un deepfake ou un faux nu
À éviter
- Ne payez pas et ne négociez pas avec la personne qui diffuse.
- Ne tentez pas de « prouver » publiquement que c’est un faux en republiant l’image.
Vos recours selon le pays
- Take It Down Act : demander le retrait d’une image intime (48 h) Une loi fédérale américaine oblige les plateformes en ligne à retirer, au plus tard 48 heures après une demande valable, une image intime publiée sans votre accord, qu’elle soit réelle ou fabriquée par IA. Elle protège toute personne reconnaissable sur l’image.
- DSA : signaler un contenu illicite à une plateforme (UE) Dans l’Union européenne, tout service qui héberge des contenus (réseau social, forum, site de partage…) doit permettre de lui signaler en ligne un contenu illicite, examiner ce signalement avec soin et vous informer de sa décision. Ce recours sert pour tout contenu contraire à la loi : image intime, faux profil, diffamation, données personnelles…
- Images intimes diffusées sans votre accord : les recours en France En France, diffuser sans votre accord une image ou un enregistrement à caractère sexuel est un délit, même si vous aviez accepté la prise de vue ou si vous l’aviez prise vous-même. Vous pouvez demander le retrait à la plateforme, porter plainte et, si le site ne répond pas, saisir la CNIL.
- Deepfake sexuel : les recours en France contre un faux contenu Depuis mai 2024, diffuser sans votre accord un montage à caractère sexuel, ou une image, une vidéo ou un son sexuel fabriqué par IA reproduisant votre visage ou votre voix, est un délit en France. Peu importe que le contenu soit faux : c’est justement ce que vise la loi.
- Espagne : le Canal prioritaire de l’AEPD pour les images intimes En Espagne, l’autorité de protection des données (AEPD) dispose d’un « Canal prioritaire » pour demander le retrait urgent de photos, vidéos ou audios à caractère sexuel ou violent publiés en ligne sans consentement. Cette démarche est indépendante d’une plainte à la police ou au parquet.
- Moins de 18 ans en Espagne : une image intime de vous circule Si vous avez moins de 18 ans et que des photos, vidéos ou audios intimes ou violents de vous sont publiés sans votre accord, ce n’est pas votre faute et de l’aide existe. En Espagne, l’autorité de protection des données (AEPD) a un formulaire spécial pour les mineurs afin de demander leur retrait.
- Le registrar d’un nom de domaine ne répond pas : saisir l’ICANN Un site en .com, .net, .org ou dans une autre extension générique est réservé auprès d’un « registrar » (bureau d’enregistrement de noms de domaine). Son contrat avec l’ICANN l’oblige à recevoir les signalements d’abus, à enquêter et à y répondre de façon appropriée. S’il ne le fait pas, vous pouvez porter plainte auprès de l’ICANN.
- StopNCII : aider à empêcher la rediffusion de vos images intimes StopNCII.org est un outil gratuit qui crée sur votre téléphone ou votre ordinateur une « empreinte numérique » de vos images intimes (un code calculé à partir de l’image, qui permet de la reconnaître sans la voir), sans les envoyer. Les plateformes partenaires utilisent cette empreinte pour repérer et retirer ces images.
- Image intime prise avant vos 18 ans : le service Take It Down Take It Down est un service gratuit et anonyme du National Center for Missing & Exploited Children (NCMEC), une organisation américaine de protection de l’enfance. Il aide à retirer ou à bloquer, sur les plateformes participantes, des photos ou vidéos de vous nu(e), à moitié nu(e) ou dans une situation sexuelle, prises avant vos 18 ans. Ce n’est jamais de votre faute.
- RGPD : demander l’effacement de vos données personnelles Dans l’Union européenne, vous pouvez demander à un site, une entreprise ou un service d’effacer des données qui vous concernent (photo, nom, adresse, publication…) dans les cas prévus par le RGPD. Il doit vous répondre dans un délai d’un mois, et la démarche est gratuite.
- Droit à l’oubli : faire déréférencer un lien de Google ou Bing Dans l’Union européenne, vous pouvez demander à un moteur de recherche de ne plus afficher, quand on tape votre nom, un lien vers une page qui vous concerne. On parle de « déréférencement » : la page reste sur le site d’origine, mais elle devient beaucoup plus difficile à trouver.
- DMCA : demander le retrait d’une photo dont vous êtes l’auteur Le DMCA est une loi américaine sur le droit d’auteur. Si une photo ou une vidéo dont vous êtes l’auteur (par exemple un selfie) est publiée sans votre autorisation sur un service soumis au droit américain, vous pouvez envoyer une « notification DMCA » pour demander son retrait.
Si ça ne marche pas
Un formulaire officiel peut rester sans réponse, ou être refusé à tort. Ce n’est pas la fin : il existe d’autres portes, plus lourdes mais efficaces — l’hébergeur du site, la société qui gère son nom de domaine, les lois de votre pays, l’autorité de protection des données. C’est exactement ce que nous faisons pour vous, avec votre accord.
- Le signalement à la plateforme
- La demande écrite à l’éditeur du site
- Le registrar du nom de domaine
- L’hébergeur du site
- Les moteurs de recherche
- L’autorité ou la justice
Questions fréquentes
Est-ce illégal si l’image est fausse ?
Dans de plus en plus de pays, oui. En France, la loi de 2024 sur l’espace numérique punit la diffusion d’un montage sexuel d’une personne sans son accord (article 226-8-1 du Code pénal). Aux États-Unis, la loi TAKE IT DOWN vise aussi les images générées par IA.
Dois-je prouver que c’est un montage ?
En général non : les procédures visent la diffusion sans consentement. Si vous avez la photo d’origine (habillée), gardez-la : elle peut aider.
Ces informations vous aident à exercer vos droits. Elles ne remplacent pas l’avis d’un avocat.